Published on March 15, 2024

La peur de tout perdre dans une séparation au Québec est souvent due à une mauvaise stratégie plutôt qu’à de mauvais droits. La clé est de suivre une séquence d’actions juridiques précise.

  • Les droits des couples mariés et des conjoints de fait sont radicalement différents, surtout concernant le patrimoine familial et la résidence.
  • L’ordre dans lequel vous réglez la garde des enfants, la pension et le partage des biens est essentiel pour éviter les conflits et les erreurs coûteuses.
  • Le bien-être des enfants est la priorité absolue des tribunaux; toute action doit être guidée par leur meilleur intérêt.

Recommandation : Abordez votre séparation non pas comme une bataille à gagner, mais comme un projet à gérer avec une feuille de route claire pour désamorcer les tensions et sécuriser l’avenir de chacun.

La décision de se séparer plonge souvent dans un état de chaos et d’incertitude. Entre le choc émotionnel et les questions pratiques qui fusent, une interrogation domine toutes les autres : par où commencer ? Vous vous demandez comment protéger votre patrimoine, ce qu’il adviendra de la maison, et surtout, comment préserver le bien-être de vos enfants. Le réflexe est de chercher une liste de droits, une formule magique qui résoudrait tout. On vous parle de patrimoine familial, de pension alimentaire, de garde partagée, et chaque terme semble ajouter une couche de complexité et d’anxiété.

Cette approche, bien que logique, est souvent une source d’erreurs. Le droit de la famille au Québec est moins une liste de droits à réclamer qu’un processus à naviguer. Mais si la véritable clé n’était pas de connaître la liste de vos droits, mais plutôt l’ordre stratégique dans lequel il faut les aborder ? La précipitation, les actions unilatérales ou les décisions prises sous le coup de l’émotion peuvent avoir des conséquences irréversibles, tant sur le plan financier que sur le plan de votre relation parentale future.

En tant que médiateur familial et avocat, mon rôle est de transformer ce chaos en un plan d’action clair. Cet article n’est pas une simple énumération de lois. C’est une feuille de route conçue pour vous guider, étape par étape, à travers les aspects juridiques de votre séparation. Nous allons d’abord clarifier les distinctions fondamentales entre les statuts, puis établir la séquence d’actions qui vous permettra de prendre des décisions éclairées, de désamorcer les conflits potentiels et de poser des bases saines pour votre nouvelle vie et celle de vos enfants.

Cet article a été conçu pour vous offrir une vision structurée des enjeux et des démarches à entreprendre. Vous y trouverez des réponses claires, organisées de manière logique pour vous accompagner pas à pas. Le sommaire ci-dessous vous permettra de naviguer facilement entre les différentes sections.

Séparation au Québec : conjoints de fait ou mariés, qui a droit à quoi ?

La première question à se poser, et la plus fondamentale, est celle de votre statut juridique. Au Québec, le mariage et l’union de fait (ou “union libre”) créent des droits et des obligations radicalement différents en cas de séparation. Ignorer cette distinction est la source de nombreuses erreurs et de fausses attentes. Le fait de vivre ensemble, même pendant de nombreuses années, ne vous confère pas les mêmes protections que le mariage. C’est une réalité qui surprend encore beaucoup de gens, alors que plus du tiers des couples québécois vivent en union libre, une proportion unique au Canada.

Pour les couples mariés, la loi prévoit la constitution d’un patrimoine familial. Celui-ci inclut la valeur, accumulée pendant le mariage, des résidences familiales, des meubles qui les garnissent, des véhicules utilisés par la famille, ainsi que des droits accumulés dans les régimes de retraite (incluant les REER). En cas de divorce, la valeur de ce patrimoine est généralement partagée à 50/50. De plus, un conjoint peut avoir droit à une pension alimentaire pour lui-même, en fonction des besoins et de la capacité de payer de l’autre.

Pour les conjoints de fait, la situation est tout autre : il n’existe aucun patrimoine familial ni droit automatique à une pension alimentaire pour conjoint. Chacun repart avec ce qui lui appartient. Une réforme importante entrera en vigueur en juin 2025, créant une “union parentale” qui offrira certaines protections (partage de la résidence, prestation compensatoire) mais uniquement aux conjoints de fait qui auront un enfant ensemble après cette date, et qui ne se seront pas explicitement retirés de ce régime.

Ce tableau comparatif, basé sur les informations fournies par des sources comme le Barreau du Québec, met en lumière les différences cruciales entre les statuts.

Comparaison des droits : mariés vs conjoints de fait (avec le nouveau régime d’union parentale)
Aspect juridique Couples mariés Conjoints de fait (avant juin 2025) Union parentale (après juin 2025)
Patrimoine familial Résidences, meubles, véhicules, REER, régimes de retraite Aucun partage automatique Résidences, meubles, véhicules (pas les REER/retraite)
Pension alimentaire entre conjoints Droit automatique possible Aucun droit Prestation compensatoire possible
Succession sans testament Hérite automatiquement Aucun héritage 1/3 du patrimoine au parent survivant
Protection résidence familiale 120 jours après séparation Aucune 120 jours après séparation

Comprendre votre statut est donc la fondation sur laquelle toute votre stratégie de séparation doit reposer. Cela détermine non seulement vos droits financiers, mais aussi les arguments que vous pourrez faire valoir.

L’erreur des conjoints qui vident le compte conjoint avant la séparation au Québec

Dans le tumulte émotionnel d’une séparation imminente, la peur de manquer d’argent peut pousser à des gestes impulsifs. L’un des plus courants et des plus dommageables est de vider le compte bancaire conjoint. Pensant “sécuriser sa part”, le conjoint qui agit ainsi commet en réalité une grave erreur stratégique. Les tribunaux québécois voient d’un très mauvais œil cette manœuvre, qualifiée de dissipation des actifs. Loin de vous donner un avantage, cela entache votre crédibilité et peut se retourner contre vous.

Un juge a le pouvoir d’ordonner la restitution des fonds et de prendre en compte ce retrait lors du partage final des biens. Essentiellement, vous serez quand même tenu de rendre compte de cet argent. De plus, un tel geste hostile anéantit toute chance de négociation à l’amiable, envenime le conflit et augmente considérablement les frais d’avocats pour les deux parties. Au lieu de protéger vos intérêts, vous initiez une guerre d’usure où tout le monde, y compris les enfants, sortira perdant. La meilleure stratégie est la transparence et la proactivité.

Avant toute discussion sur le partage, l’objectif est de geler la situation financière pour l’évaluer équitablement. Protéger vos avoirs ne signifie pas les cacher, mais les documenter et empêcher des retraits unilatéraux.

Main tenant des documents bancaires avec calculatrice sur bureau en bois

Cette approche méthodique et documentée, comme illustré ci-dessus, est la seule façon de garantir un processus équitable et de démontrer votre bonne foi devant un médiateur ou un juge. C’est un acte de préservation, non d’agression.

Plan d’action : protéger vos avoirs bancaires sans commettre d’impair

  1. Documentez immédiatement tous les soldes bancaires avec des captures d’écran datées.
  2. Ouvrez un compte personnel distinct pour y déposer vos revenus futurs.
  3. Demandez à votre institution financière d’exiger une double signature pour toute transaction sur le compte conjoint.
  4. Conservez tous les relevés bancaires des 12 derniers mois.
  5. En cas de retrait suspect déjà effectué par l’autre, consultez immédiatement un avocat pour envisager une injonction.

La stabilité financière initiale est le socle d’une négociation saine. Agir avec intégrité dès le début vous positionne comme un interlocuteur raisonnable, ce qui est un atout inestimable pour la suite du processus.

Comment calculer le partage du patrimoine familial au Québec en 4 étapes ?

Le partage du patrimoine familial est souvent perçu comme le cœur de la bataille financière lors d’un divorce. En réalité, il s’agit d’un exercice comptable qui suit une logique claire. L’aborder méthodiquement permet de dédramatiser l’enjeu et de se concentrer sur les faits. Le principe est simple : on additionne la valeur de tous les biens du patrimoine familial, on soustrait les dettes contractées pour ces biens, et le résultat (la valeur nette) est divisé en deux. Voici les quatre étapes pour y parvenir.

Étape 1 : L’inventaire des actifs. La première chose à faire est de lister tous les biens qui composent le patrimoine familial. Il s’agit principalement des résidences (principale et secondaire), des meubles qui les garnissent, des véhicules automobiles, et des droits accumulés durant le mariage dans les régimes de retraite (REER, fonds de pension, etc.). Les biens reçus par héritage ou donation avant ou pendant le mariage sont généralement exclus.

Étape 2 : L’évaluation des biens. Une fois l’inventaire complet, chaque bien doit être évalué à sa juste valeur marchande à la date de la fin de la vie commune ou de l’introduction de la demande en divorce. Pour l’immobilier, une évaluation par un évaluateur agréé est souvent nécessaire. Pour les régimes de retraite, des relevés récents sont requis.

Étape 3 : Le calcul des déductions. De la valeur totale, on peut déduire certaines sommes. Par exemple, la valeur d’un bien que l’un des conjoints possédait avant le mariage, ou la valeur d’un héritage qui a été investi dans un bien familial. Ces calculs peuvent être complexes et nécessitent souvent l’aide d’un expert.

Étape 4 : Le partage de la valeur nette. Après avoir additionné tous les actifs et soustrait toutes les dettes et déductions, on obtient la valeur nette partageable du patrimoine familial. Chaque conjoint a droit à la moitié de cette valeur. Attention, cela ne veut pas dire que chaque bien est divisé en deux. Un conjoint peut conserver la maison en versant à l’autre une somme d’argent (une soulte) pour équilibrer les comptes. N’oublions pas l’impact humain de ce processus, alors que près du quart des enfants au Québec sont touchés par une séparation parentale, ce qui rend un partage équitable et apaisé d’autant plus crucial.

Checklist des documents essentiels pour le calcul

  1. Actes notariés de tous les biens immobiliers (maison, chalet, condo).
  2. Relevés de tous les comptes REER, FERR, CRI des 12 derniers mois.
  3. Évaluations municipales et professionnelles récentes des propriétés.
  4. Contrats de prêt hypothécaire avec les soldes actuels.
  5. Relevés de droits de Retraite Québec pour les deux conjoints.

Ce processus, bien que technique, vise un objectif d’équité. En le suivant scrupuleusement, vous transformez une source potentielle de conflit en un simple exercice mathématique, libérant de l’énergie pour les questions humaines.

Pourquoi les conjoints de fait au Québec n’ont aucun droit sur la maison de l’autre ?

C’est l’une des réalités les plus dures et les plus méconnues du droit familial québécois : après des années de vie commune, un conjoint de fait peut se retrouver sans aucun droit sur la maison qui constituait le foyer familial, si celle-ci appartient légalement à l’autre. Peu importe si vous avez payé la moitié de l’hypothèque, des taxes ou des rénovations pendant 10 ans. En l’absence d’un contrat de vie commune ou si votre nom n’est pas sur l’acte de propriété, la maison reste la propriété exclusive de votre ex-conjoint.

Cette règle découle d’un principe fondamental du droit civil québécois : la propriété est établie par le titre. Le mariage crée une exception avec le patrimoine familial, mais cette exception ne s’applique pas aux conjoints de fait (sauf pour la nouvelle “union parentale” après juin 2025, qui ne crée pas un droit de propriété mais un droit d’usage temporaire). Ainsi, la contribution financière à la maison ne crée pas automatiquement un droit de propriété. C’est une pilule difficile à avaler pour celui qui a investi temps et argent en pensant construire un avenir commun.

Alors, tout est-il perdu ? Pas nécessairement, mais le chemin est ardu. Le conjoint qui s’estime lésé peut intenter un recours pour enrichissement injustifié. Pour réussir, il devra prouver quatre conditions : 1) un enrichissement de son ex-conjoint (la valeur de la maison a augmenté grâce à ses contributions), 2) son propre appauvrissement (il a dépensé de l’argent sans contrepartie), 3) un lien direct entre les deux, et 4) l’absence de toute autre justification légale pour cet appauvrissement (comme le paiement d’un loyer). Ce recours est complexe, coûteux et son issue est incertaine. La meilleure protection demeure la prévention : un contrat de vie commune notarié ou l’inscription des deux noms sur l’acte de propriété.

La leçon à retenir est claire : l’amour et la confiance ne remplacent pas un titre de propriété ou un contrat notarié. Pour les conjoints de fait, la clarté juridique dès le départ est la seule véritable protection.

Séparation au Québec : dans quel ordre régler les aspects juridiques pour éviter les erreurs ?

Voici le cœur de la stratégie pour une séparation réussie et apaisée. Face à la montagne de décisions à prendre, l’instinct est de tout vouloir régler en même temps. C’est une erreur. Il existe une séquence logique qui permet de désamorcer les conflits et de construire une entente solide. L’ordre est le suivant : les enfants d’abord, la pension ensuite, et le patrimoine en dernier.

Priorité n°1 : Les mesures urgentes et la situation des enfants. La toute première étape est de stabiliser la situation. Qui reste dans la maison ? Qui s’occupe des enfants et selon quel horaire ? Ces questions ne peuvent attendre. Si un accord est impossible, il est crucial de demander rapidement au tribunal un jugement intérimaire. Ce n’est pas déclarer la guerre, mais demander un “cessez-le-feu” encadré par un juge. Une ordonnance de sauvegarde peut fixer temporairement la garde, les droits d’accès et l’usage de la résidence familiale. Cela crée un cadre stable qui permet de négocier la suite plus sereinement.

Priorité n°2 : La pension alimentaire pour les enfants et le conjoint. Une fois la situation des enfants stabilisée, la question du soutien financier devient prioritaire. La pension alimentaire pour enfants est calculée selon un barème gouvernemental et est non négociable. La pension pour conjoint (si applicable, pour les couples mariés) est ensuite déterminée. Régler cet aspect rapidement assure que chacun peut subvenir à ses besoins et à ceux des enfants, ce qui réduit considérablement les tensions.

Priorité n°3 : Le partage du patrimoine. C’est seulement une fois que les enfants et les besoins financiers courants sont sécurisés que l’on peut aborder sereinement le partage des biens. Tenter de négocier le partage de la maison alors que vous ne savez pas où les enfants dormiront la semaine prochaine est une recette pour le désastre. En réglant les choses dans cet ordre, les négociations sur le patrimoine deviennent moins chargées émotionnellement.

Étude de cas : l’importance du jugement intérimaire

Marie et Jean, séparés depuis 3 mois, étaient en conflit constant sur qui gardait la maison et la garde des enfants. Sur conseil de leur médiateur, ils ont obtenu un jugement intérimaire qui a stabilisé la situation : Marie restait dans la maison avec les enfants, Jean avait un droit d’accès une fin de semaine sur deux, et une pension alimentaire temporaire était fixée. Cette entente de 6 mois leur a permis de négocier sereinement le règlement final, réduisant les tensions et les frais juridiques de 40%.

En suivant cette feuille de route, vous transformez un problème complexe en une série d’étapes gérables, protégeant ainsi votre bien-être émotionnel et celui de vos enfants.

Comment changer de régime matrimonial après 10 ans de mariage au Québec ?

Il est possible, même après plusieurs années de mariage, de modifier son régime matrimonial. Ce n’est pas une décision à prendre à la légère, mais elle peut s’avérer une stratégie judicieuse dans certaines situations, par exemple si l’un des conjoints démarre une entreprise et souhaite protéger l’autre des risques financiers. Le régime par défaut au Québec est la société d’acquêts. Le changer pour une séparation de biens est la modification la plus courante.

En société d’acquêts, les biens acquis pendant le mariage sont partagés en cas de divorce, et les dettes contractées pour les besoins de la famille peuvent être réclamées aux deux conjoints. En séparation de biens, chaque époux reste propriétaire de ses biens et seul responsable de ses dettes. Le changement de régime permet donc de créer une étanchéité financière entre les patrimoines des deux époux. Cela protège le conjoint non-entrepreneur des créanciers de l’entreprise, et assure à l’entrepreneur qu’il conservera les fruits de son travail en cas de séparation.

La procédure exige l’accord des deux conjoints et doit être officialisée par un acte notarié. Le notaire rédigera un contrat de mariage modifiant le régime, qui devra ensuite être publié au Registre des droits personnels et réels mobiliers (RDPRM) et faire l’objet d’un avis dans un journal local pour être opposable aux tiers (les créanciers). Le coût de cette démarche, incluant les honoraires du notaire et les frais de publication, se situe généralement entre 2500 $ et 4000 $. Il est crucial de noter que ce changement n’est pas rétroactif : le patrimoine familial accumulé jusqu’à la date du changement reste partageable. Le nouveau régime ne s’applique qu’aux biens et dettes futurs.

Le tableau suivant résume les implications de chaque régime et l’impact du changement, une information clé souvent détaillée dans des guides sur les régimes matrimoniaux québécois.

Comparaison des régimes matrimoniaux et implications du changement
Aspect Société d’acquêts Séparation de biens Impact du changement
Partage en cas de divorce 50/50 des biens acquis pendant mariage Chacun garde ses biens Protection accrue pour entrepreneur
Dettes pendant le mariage Partagées si pour la famille Individuelles sauf codébiteur Protection du conjoint non-entrepreneur
Gestion quotidienne Consentement pour actes importants Autonomie complète Plus de flexibilité
Succession Droits du conjoint survivant étendus Droits plus limités Importance du testament
Coût du changement 2500 $ à 4000 $ incluant notaire et publications

Un tel changement doit être le fruit d’une discussion ouverte et d’une décision commune, visant à protéger la famille dans son ensemble pour l’avenir, et non une manœuvre effectuée dans l’anticipation d’un conflit.

Comment contester une décision unilatérale de l’autre parent devant le tribunal au Québec ?

Après une séparation, l’autorité parentale reste conjointe. Cela signifie que toutes les décisions importantes concernant les enfants (choix de l’école, traitements médicaux, déménagement majeur) doivent être prises ensemble. Lorsqu’un parent prend une décision unilatérale sans l’accord de l’autre, ce dernier a le droit de la contester devant le tribunal. L’objectif n’est pas de “punir” l’autre parent, mais de demander à un juge de trancher dans le meilleur intérêt de l’enfant.

Pour saisir la Cour supérieure, vous devez déposer une “Demande pour ordonnance de sauvegarde et pour modification des droits d’accès et de la garde”. Le mot clé ici est “sauvegarde”, car l’urgence est souvent de suspendre la décision unilatérale en attendant un débat sur le fond. Pour que votre demande ait du poids, elle doit être solidement étayée par des preuves. Le fardeau de la preuve repose sur vous : vous devez démontrer que la décision de l’autre parent va à l’encontre de l’intérêt de l’enfant ou qu’elle a été prise de mauvaise foi.

La documentation est votre meilleure alliée. Un journal de bord détaillé, des échanges de courriels et de textos démontrant votre opposition, et des documents officiels (rapports scolaires, avis médicaux) sont essentiels. Si le conflit est profond, le tribunal peut ordonner une expertise psychosociale. Un expert (psychologue ou travailleur social) rencontrera alors les parents et les enfants pour évaluer la dynamique familiale et faire des recommandations au juge. Il est bon de savoir que l’expertise psychosociale publique nécessite environ 3 mois d’attente, bien qu’elle soit gratuite, un délai à prendre en compte dans votre stratégie.

Liste de contrôle : les preuves à rassembler pour une contestation

  1. Des copies des courriels et textos où vous exprimez clairement votre désaccord de manière respectueuse.
  2. Un journal de bord factuel avec dates, heures et faits précis concernant la décision contestée.
  3. Des témoignages écrits de tiers neutres (professeur, directeur d’école, médecin) s’ils sont pertinents.
  4. Des documents officiels qui contredisent les affirmations de l’autre parent (ex: un bulletin scolaire montrant la réussite de l’enfant dans son école actuelle).
  5. La preuve de vos tentatives de discuter et de trouver un compromis avant de saisir le tribunal.

Agir rapidement mais de manière structurée et documentée est la meilleure approche. Le but est de ramener la discussion à ce qui compte vraiment : le bien-être et la stabilité de votre enfant.

À retenir

  • Les droits et protections des couples mariés et des conjoints de fait au Québec sont fondamentalement différents ; ne présumez jamais que la vie commune équivaut au mariage.
  • La séquence des actions est cruciale : stabilisez la situation des enfants en premier, réglez la pension alimentaire ensuite, et abordez le partage du patrimoine en dernier.
  • Le bien-être de l’enfant est le seul et unique critère qui guide les décisions du tribunal. Toute votre stratégie doit être construite autour de cet impératif.

Comment protéger vos droits parentaux après une séparation au Québec ?

Au-delà des aspects financiers, la plus grande anxiété des parents qui se séparent concerne leur relation future avec leurs enfants. Protéger ses droits parentaux ne signifie pas se battre pour “gagner” du temps de garde, mais plutôt œuvrer pour maintenir une relation saine et stable avec son enfant, tout en favorisant celle de l’autre parent. La clé de cette protection réside dans un mot : clarté. Le meilleur outil pour y parvenir est un plan de parentalité détaillé, aussi appelé convention sur la garde d’enfants.

Ce document, que vous pouvez élaborer en médiation, va bien au-delà d’un simple calendrier de garde. Il est le “mode d’emploi” de votre coparentalité. Il doit anticiper les situations courantes et prévoir des mécanismes pour résoudre les désaccords futurs. Un plan de parentalité complet réduit les zones grises, qui sont les principales sources de conflit. Quand tout est écrit noir sur blanc, il y a moins de place pour l’interprétation et les malentendus. Ce document, une fois homologué par le tribunal, a force de loi.

Dans les cas extrêmes où la communication est rompue et qu’un parent tente de nuire à la relation de l’enfant avec l’autre, on peut parler d’aliénation parentale. C’est un phénomène sérieux que les tribunaux québécois reconnaissent de plus en plus, comme le montre la jurisprudence où des expertises psychosociales permettent d’objectiver la situation et de prendre des mesures drastiques, comme un changement de garde, pour protéger l’enfant.

Étude de cas : l’aliénation parentale reconnue par les tribunaux québécois

Un père québécois a obtenu gain de cause après 2 ans de procédures. L’expertise psychosociale a démontré que la mère programmait systématiquement les enfants contre lui. Le tribunal a ordonné un changement de garde complet et des thérapies familiales supervisées. L’expert a utilisé des tests psychométriques et une formation spécialisée pour différencier l’aliénation parentale du simple conflit de loyauté, recommandant des solutions concrètes pour restaurer la relation parent-enfant.

Votre feuille de route pour un plan de parentalité complet

  1. Calendrier de garde : Définissez précisément le calendrier régulier, mais aussi la répartition des vacances d’été, de la semaine de relâche et des jours fériés importants.
  2. Prise de décision : Listez les domaines de décision conjointe (santé, éducation, activités parascolaires importantes, religion) et le processus pour les prendre.
  3. Communication : Établissez un protocole de communication entre vous (fréquence, moyen privilégié comme un courriel ou une application, ton respectueux).
  4. Droit de premier refus : Convenez que si un parent a besoin d’une gardienne pour plus de quelques heures, il doit d’abord offrir ce temps de garde à l’autre parent.
  5. Voyages et déplacements : Fixez les règles pour les voyages (préavis, autorisation écrite pour l’étranger, partage des passeports).

Pour bâtir une coparentalité solide, il est crucial de revoir les éléments essentiels d’un plan parental protecteur et bien structuré.

Pour mettre en pratique ces conseils et obtenir une analyse personnalisée de votre situation, l’étape suivante consiste à consulter un médiateur familial ou un avocat spécialisé. Ce professionnel vous aidera à élaborer une stratégie sur mesure, à rédiger les ententes nécessaires et à vous assurer que vos droits et ceux de vos enfants sont pleinement protégés à chaque étape du processus.

Questions fréquentes sur la séparation et les biens au Québec

Après 3 ans de vie commune, ai-je automatiquement des droits sur la maison?

Non. Au Québec, peu importe la durée de la vie commune, les conjoints de fait n’acquièrent jamais automatiquement de droits sur les biens de l’autre, sauf avec la nouvelle union parentale après juin 2025 pour les parents qui auront un enfant ensemble après cette date.

Si je paie l’hypothèque depuis 10 ans, la maison devient-elle en partie à moi?

Non. Payer l’hypothèque ne crée pas de droit de propriété. Vous pourriez avoir un recours pour enrichissement injustifié, mais c’est une procédure complexe, coûteuse et dont le succès est incertain. Il est beaucoup plus sûr de signer une convention de vie commune ou d’être inscrit comme copropriétaire.

Comment puis-je me protéger si je contribue financièrement à la maison de mon conjoint?

Trois options principales s’offrent à vous pour une protection efficace : 1) signer un contrat de vie commune notarié qui précise les modalités de partage en cas de séparation, 2) faire signer une reconnaissance de dette pour chaque contribution financière majeure que vous faites, ou 3) devenir officiellement copropriétaire en faisant ajouter votre nom sur l’acte de vente.

Written by François Beauchamp, François Beauchamp est avocat en droit de la famille et médiateur familial accrédité depuis 16 ans, membre du Barreau du Québec et de l'Association de médiation familiale du Québec. Il exerce en cabinet privé à Québec où il représente des clients dans des dossiers de séparation, divorce, garde d'enfants et partage du patrimoine familial. Il privilégie les approches de résolution amiable tout en défendant vigoureusement les droits de ses clients lorsque le litige devient inévitable.