Published on March 15, 2024

Réduire vos frais de succession de 40% au Québec n’est pas un mythe, mais le résultat d’une architecture patrimoniale précise et anticipée.

  • Utilisez des outils comme la fiducie familiale pour fractionner le revenu imposable et l’assurance-vie pour sortir des liquidités de la succession.
  • Priorisez systématiquement le testament notarié pour éliminer les coûteux frais d’homologation et les délais judiciaires.

Recommandation : L’étape clé est d’auditer vos actifs dès 50 ans pour synchroniser ces stratégies avant qu’il ne soit trop tard, transformant une simple planification en une véritable forteresse patrimoniale.

La transmission de votre patrimoine au Québec est souvent perçue comme un champ de mines fiscal et administratif. Entre l’impôt au décès, qui peut liquider près de la moitié de certains actifs, et les frais d’homologation qui retardent et amputent l’héritage, beaucoup de propriétaires se sentent démunis. L’inquiétude de voir le fruit d’une vie de travail s’évaporer en frais et en impôts avant d’atteindre vos enfants est une préoccupation légitime et largement partagée par les Québécois de 45 à 70 ans.

Face à cela, les conseils habituels fusent : “faites un testament”, “désignez vos bénéficiaires”. Ces recommandations, bien que justes, ne sont que la partie visible de l’iceberg. Elles représentent des actions isolées, semblables à des briques posées sans mortier. Si la véritable clé n’était pas de cocher des cases, mais de construire un système cohérent ? La réduction drastique des frais de succession ne réside pas dans une astuce unique, mais dans une architecture patrimoniale où chaque décision est synchronisée avec les autres. Il s’agit d’une ingénierie stratégique qui transforme votre succession d’une cible fiscale à une forteresse protégée.

Cet article révèle les stratégies méconnues utilisées par les notaires et planificateurs financiers pour orchestrer cette protection. Nous allons décomposer, étape par étape, comment assembler les différentes pièces du puzzle – testament, fiducie, assurance, dons – non pas comme des outils séparés, mais comme les composantes d’un plan directeur conçu pour maximiser ce que vous léguez et minimiser ce que le fisc prélève.

Pour naviguer efficacement à travers ces stratégies d’optimisation, voici le plan que nous suivrons. Chaque section aborde un levier spécifique que vous pouvez actionner pour bâtir une transmission de patrimoine efficace et fiscalement avantageuse au Québec.

Quels biens échappent aux frais d’homologation au Québec et comment en profiter ?

L’un des premiers leviers pour optimiser votre succession est de comprendre ce qui tombe, ou non, dans le calcul des frais d’homologation. Au Québec, l’homologation (ou vérification) d’un testament non notarié est une procédure judiciaire obligatoire pour valider le document. Cette procédure n’est pas seulement longue, elle est aussi coûteuse. En effet, les frais d’homologation pour un testament olographe ou devant témoins varient entre 1 000 $ et 1 500 $, sans compter les délais qui peuvent paralyser la gestion des actifs.

La stratégie fondamentale consiste donc à structurer votre patrimoine pour que le maximum d’actifs soit transféré “hors succession”. Ces biens ne requièrent pas d’homologation et passent directement aux personnes que vous avez désignées, en toute confidentialité et rapidité. Les principaux instruments pour y parvenir sont :

  • Les polices d’assurance-vie : Lorsque vous nommez un bénéficiaire (autre que “ma succession”), le capital-décès lui est versé directement, à l’abri des créanciers de la succession et sans passer par le testament.
  • Les régimes enregistrés (REER, FERR, CELI) : Similairement, la désignation d’un bénéficiaire auprès de votre institution financière permet un transfert automatique des fonds au décès. Attention, cela n’annule pas l’impôt potentiellement dû sur le REER ou le FERR, mais évite les frais et délais de l’homologation.
  • Les biens détenus en copropriété avec droit de survie : Pour les comptes bancaires conjoints, par exemple, le solde est automatiquement transféré au copropriétaire survivant.

L’orchestration de ces désignations est un pilier de l’architecture patrimoniale. Il s’agit d’une démarche active qui demande une révision régulière, notamment après des événements de vie comme un mariage, un divorce ou la naissance d’un enfant, pour s’assurer que les bénéficiaires désignés correspondent toujours à vos volontés.

Plan d’action : Audit de vos biens exempts d’homologation

  1. Identifier les polices : Listez vos polices d’assurance-vie et vérifiez que les bénéficiaires sont nommément désignés, en évitant la formulation vague “ma succession”.
  2. Réviser les régimes enregistrés : Contactez vos institutions financières pour confirmer qu’un bénéficiaire direct (et un bénéficiaire subsidiaire) est bien inscrit pour chaque REER, FERR et CELI.
  3. Évaluer les biens immobiliers : Discutez avec un notaire de la pertinence d’une fiducie de protection d’actifs pour vos immeubles, une stratégie plus avancée pour les sortir de la succession.
  4. Documenter les comptes conjoints : Assurez-vous que vos comptes conjoints incluent bien une clause de “droit de survie” pour garantir le transfert automatique.
  5. Centraliser l’information : Conservez une liste à jour de tous ces biens et des coordonnées des institutions concernées, dans un endroit accessible pour votre liquidateur.

Comment une fiducie familiale peut réduire vos impôts de 30 000 $ au Québec ?

Au-delà des stratégies de base, la fiducie familiale représente l’un des outils d’ingénierie patrimoniale les plus puissants au Québec, notamment pour l’optimisation fiscale. Souvent perçue comme un instrument réservé aux grandes fortunes, elle est en réalité accessible et rentable pour de nombreux propriétaires de patrimoine, à condition de bien en comprendre le mécanisme. Son principal avantage réside dans le fractionnement du revenu.

Plutôt que de déclarer tous les revenus de placements (intérêts, dividendes) à votre nom, au taux d’imposition marginal le plus élevé, la fiducie permet d’attribuer légalement ces revenus à d’autres membres de la famille qui ont un revenu plus faible, comme des enfants majeurs aux études. Chaque dollar est alors imposé à un taux inférieur, générant une économie d’impôt substantielle pour l’ensemble de la famille. De plus, une fiducie bien structurée, comme une fiducie Alter Ego pour les personnes de 65 ans et plus, permet de transférer des actifs sans déclencher d’impôt sur le gain en capital et d’éviter les frais d’homologation au décès.

Ce paragraphe introduit un concept complexe. Pour bien le comprendre, il est utile de visualiser ses composants principaux. L’illustration ci-dessous met en scène un moment clé de cette planification.

Couple de retraités québécois consultant des documents financiers dans un bureau lumineux

Comme le montre cette image, une planification réfléchie est la clé. La fiducie n’est pas une simple structure, c’est une décision stratégique qui demande analyse et conseil. Bien qu’elle engendre des frais de création et de gestion, les économies fiscales peuvent largement les compenser.

Étude de cas : Économie d’impôt via une fiducie discrétionnaire

Un couple québécois avec un portefeuille de 500 000 $ place ses actifs dans une fiducie familiale discrétionnaire. En attribuant stratégiquement 100 000 $ de revenus de placement à leurs deux enfants majeurs aux études (50 000 $ chacun), la famille bénéficie pleinement du fractionnement du revenu. Grâce à la progressivité du système fiscal québécois, l’impôt total payé par deux personnes déclarant 50 000 $ chacune est bien inférieur à celui payé par une seule personne déclarant 100 000 $, générant une économie familiale annuelle qui peut atteindre des dizaines de milliers de dollars.

L’analyse des coûts et bénéfices est cruciale pour déterminer si une fiducie est adaptée à votre situation. Voici un aperçu pour guider votre réflexion.

Analyse coûts-bénéfices d’une fiducie familiale au Québec
Aspect Coûts initiaux Coûts annuels Seuil de rentabilité
Création (notaire/avocat) 3 000 $ – 7 000 $ Patrimoine min. 250 000 $
Comptabilité et déclaration T3 1 500 $ – 4 000 $ Revenus annuels > 30 000 $
Gestion fiduciaire 500 $ – 1 500 $ Complexité moyenne
Économies fiscales potentielles 10 000 $ – 30 000 $ Fractionnement optimal

Testament, fiducie ou assurance-vie : quelle stratégie pour une famille recomposée au Québec ?

La planification successorale pour une famille recomposée est un exercice d’équilibriste particulièrement délicat au Québec. L’objectif est double : protéger votre nouveau conjoint tout en garantissant que vos enfants d’une union précédente reçoivent leur juste part de l’héritage. Il est crucial de savoir qu’au Québec, le conjoint de fait n’est pas un héritier légal en l’absence de testament. Sans dispositions claires, votre patrimoine pourrait être entièrement dévolu à vos enfants, laissant votre partenaire sans rien.

Naviguer cette complexité exige une architecture patrimoniale sur mesure, synchronisant plusieurs outils. Le testament notarié est la pierre angulaire, mais il n’est souvent pas suffisant. Voici comment les trois outils principaux peuvent être orchestrés :

  • Le Testament Notarié : Il permet de désigner clairement qui hérite de quoi (legs particuliers). C’est la base indispensable pour éviter une succession légale (ab intestat) qui ne reconnaîtrait pas votre conjoint de fait.
  • La Fiducie Testamentaire : C’est la solution la plus sophistiquée et protectrice. Vous pouvez léguer des biens (comme la maison familiale) à une fiducie au profit de votre conjoint. Il pourra en jouir de son vivant, et au moment de son décès, le capital sera remis à vos enfants. Cela protège les deux parties.
  • L’Assurance-Vie : C’est l’outil de choix pour injecter des liquidités rapidement et hors succession. Vous pouvez désigner votre conjoint comme bénéficiaire d’une police pour lui assurer une sécurité financière immédiate, et vos enfants comme bénéficiaires d’une autre, ou les nommer bénéficiaires de vos REER, créant ainsi des lots distincts et équilibrés.

Comme le souligne Me Marie-Eve Lavoie, une experte en la matière, la rapidité d’exécution est un avantage clé de certains outils. Dans le contexte d’une famille recomposée, cette rapidité peut éviter des tensions et des situations précaires.

Le testament notarié prend effet dès le décès, sans procédure d’homologation, ce qui permet une mise en application rapide et simplifiée de vos dernières volontés pour protéger votre famille recomposée.

– Me Marie-Eve Lavoie, Les super conseils de votre notaire

Le choix de la bonne combinaison dépend de vos objectifs précis. Le tableau suivant offre une matrice décisionnelle pour vous aider à y voir plus clair.

Pour vous aider à naviguer ces options, voici une matrice décisionnelle adaptée aux familles recomposées au Québec.

Matrice décisionnelle pour familles recomposées
Objectif principal Solution recommandée Avantages Coût moyen
Protéger conjoint ET enfants d’union précédente Fiducie testamentaire au profit du conjoint Équilibre des intérêts, capital protégé 2 000 $ – 5 000 $
Distribution rapide de liquidités Assurance-vie avec bénéficiaires multiples Hors succession, versement immédiat Primes selon montant
Simplicité maximale Testament notarié avec legs particuliers Pas d’homologation, clarté juridique 575 $ en moyenne
Protection contre la dilapidation Fiducie avec fiduciaire professionnel Gestion professionnelle, versements contrôlés 3 000 $ + frais annuels

L’erreur de planification qui coûte 50 000 $ en frais d’homologation au Québec

Dans l’architecture de votre patrimoine, certaines fondations sont non négociables. Négliger l’une d’entre elles peut entraîner un effondrement coûteux de toute la structure. L’erreur la plus commune, et potentiellement la plus dévastatrice au Québec, est de se fier à un testament non notarié (olographe ou devant témoins) en pensant économiser quelques centaines de dollars.

Cette “économie” est un mirage qui cache un piège financier et juridique. Un testament non notarié doit obligatoirement être homologué par un tribunal après votre décès. Ce processus, loin d’être une formalité, ouvre la porte à des contestations sur la validité du document, la capacité mentale du testateur au moment de la signature, ou l’existence de pressions indues. Une telle contestation peut geler la succession pendant des années, engendrant des frais juridiques et d’expertise qui peuvent facilement atteindre des dizaines de milliers de dollars, comme l’illustre le cas suivant.

Étude de cas : Une PME bloquée 3 ans à cause d’un testament olographe

Au Québec, la succession d’un entrepreneur incluant une PME évaluée à 1 million de dollars et régie par un testament olographe a été contestée par un membre de la famille sur la capacité du testateur. Ce litige a complètement gelé la succession et la gestion de l’entreprise pendant 3 ans. La bataille juridique a engendré 35 000 $ de frais d’avocats et 15 000 $ en frais d’experts et de procédures de vérification. La facture totale de 50 000 $, en plus de la perte de valeur de l’entreprise mal gérée, aurait été entièrement évitée si le testament avait été notarié. Son statut d’acte authentique aurait rendu la contestation quasi impossible et permis un transfert rapide et sécurisé.

Le testament notarié, conservé par le notaire et inscrit au Registre des dispositions testamentaires de la Chambre des notaires du Québec, possède une force probante qui le rend extrêmement difficile à contester. Il prend effet dès le décès, sans aucune intervention judiciaire, assurant une transition fluide et à moindre coût. L’investissement initial est dérisoire en comparaison des risques encourus.

Checklist des erreurs critiques à éviter en planification successorale

  1. Nommer un liquidateur non-résident du Canada : Revenu Québec pourrait exiger un cautionnement équivalent aux impôts potentiels de la succession, gelant une partie des actifs.
  2. Conserver un testament olographe : Accepter un coût d’homologation de 1 000 $ à 1 500 $ et des risques de contestation, au lieu d’opter pour la sécurité d’un testament notarié.
  3. Oublier de mettre à jour les bénéficiaires : Après un divorce ou une nouvelle union, un ex-conjoint pourrait hériter involontairement de vos régimes enregistrés ou assurances.
  4. Ne pas prévoir de liquidités pour les impôts : L’impôt au décès est dû rapidement. Sans liquidités, vos héritiers pourraient être forcés de vendre des actifs précieux (comme le chalet familial) à la hâte.
  5. Ignorer l’impact du gel d’actifs : Pendant les procédures judiciaires, les actifs sont gelés. Le coût d’opportunité (pertes de revenus, dépréciation) peut doubler les frais réels de la succession.

À quel âge commencer votre planification successorale pour maximiser les économies au Québec ?

La question n’est pas “si” vous devez planifier votre succession, mais “quand”. La réponse stratégique est : le plus tôt possible, car la planification successorale n’est pas un événement unique, mais un processus évolutif. Chaque décennie de votre vie débloque de nouvelles opportunités d’optimisation. Attendre la retraite pour y penser, c’est se priver de leviers fiscaux et stratégiques puissants. D’ailleurs, le manque de prévoyance est un problème majeur, car plus de la moitié des Canadiens n’ont même pas de testament, laissant leurs proches dans une situation précaire.

Voici une feuille de route pour synchroniser votre architecture patrimoniale avec les étapes de votre vie :

  • 30-40 ans : L’ère des fondations. C’est le moment de mettre en place les documents de base. La priorité est de rédiger un testament notarié (coût moyen de 575 $) et un mandat de protection en cas d’inaptitude. Si vous avez des enfants et une hypothèque, une assurance-vie temporaire est une protection essentielle et peu coûteuse.
  • 50-60 ans : L’ère de la stratégie. Votre patrimoine a grandi. Il faut réviser votre testament tous les 3 à 5 ans. Si vous êtes entrepreneur, c’est la décennie idéale pour envisager un gel successoral. Cette technique d’ingénierie fiscale “gèle” la valeur de votre entreprise à un instant T et transfère toute la croissance future à vos enfants, libres d’impôt pour vous. C’est aussi le moment de commencer les dons planifiés pour profiter d’avantages fiscaux de votre vivant.
  • 65 ans et plus : L’ère de l’optimisation finale. C’est le moment d’utiliser les outils les plus avancés. La fiducie Alter Ego (ou Au profit de soi-même) permet de transférer vos actifs dans une fiducie sans payer d’impôt sur le gain en capital, tout en évitant complètement les frais d’homologation à votre décès. La planification du décaissement des REER/FERR devient aussi une priorité pour minimiser l’impôt final.

L’image ci-dessous illustre symboliquement le concept du gel successoral, une stratégie phare de la cinquantaine.

Entrepreneur québécois analysant des graphiques de croissance d'entreprise

Le message est clair : la planification n’est pas une tâche de fin de vie. C’est un accompagnement stratégique qui s’adapte à votre parcours, et commencer tôt maximise la solidité de votre forteresse patrimoniale.

Quelle structure protège vos biens personnels en cas de faillite au Québec ?

Une véritable architecture patrimoniale ne se contente pas de planifier le décès ; elle protège vos actifs tout au long de votre vie, notamment contre les créanciers en cas de difficultés financières ou de faillite. Pour les entrepreneurs et les professionnels, cette protection est essentielle. Plusieurs structures existent au Québec, mais leur niveau de protection varie considérablement.

La société par actions (Inc.) est souvent la première ligne de défense. Elle crée une personnalité juridique distincte, séparant vos biens personnels des dettes de l’entreprise. Cependant, cette protection a une faille majeure : les institutions financières exigent presque toujours un cautionnement personnel pour octroyer des prêts, ce qui annule de facto le voile corporatif et expose vos biens personnels.

Certains actifs sont nativement insaisissables, comme les REER et les assurances-vie (sauf pour les cotisations des 12 derniers mois précédant la faillite). Mais la forteresse ultime est la fiducie de protection d’actifs. Lorsqu’elle est mise en place correctement et suffisamment à l’avance (avant que les difficultés financières ne soient prévisibles), les biens que vous y transférez (comme votre résidence principale) sortent légalement de votre patrimoine. Ils deviennent ainsi inatteignables pour vos futurs créanciers personnels ou d’affaires, tout en échappant également aux frais d’homologation lors de votre succession.

Étude de cas : La fiducie comme rempart contre les créanciers

Un entrepreneur québécois, anticipant les risques liés à son secteur d’activité, a transféré sa résidence principale dans une fiducie familiale plusieurs années avant de connaître des difficultés d’affaires. Lorsque son entreprise a fait faillite et que ses créanciers ont tenté de saisir ses biens personnels pour couvrir les dettes, la résidence était légalement la propriété de la fiducie. Cet actif majeur a donc été entièrement protégé des créanciers, assurant un toit à sa famille. De plus, au décès de l’entrepreneur, la résidence sera transmise à ses enfants via la fiducie, sans passer par la succession et donc sans frais d’homologation.

Le tableau suivant compare le niveau de protection offert par les différentes structures disponibles.

Options de protection d’actifs au Québec
Structure Protection faillite Avantages successoraux Limites
Société par actions (Inc.) Partielle Actions dans la succession Cautionnement personnel annule la protection
REER/Assurance-vie Insaisissable* Bénéficiaire désigné = hors succession *Sauf cotisations 12 derniers mois
Fiducie protection d’actifs Totale si bien structurée Évite homologation + protection créanciers Coûts de création et gestion
Régime matrimonial Variable Protection du conjoint survivant Ne protège pas contre tous les créanciers

Combien pouvez-vous donner à vos enfants sans mettre en péril votre retraite au Québec ?

Donner de son vivant est une stratégie doublement efficace : elle vous permet de voir l’impact de votre générosité et peut réduire la facture fiscale de votre succession. Au Canada, les dons en argent ne sont pas imposables, ni pour vous ni pour vos enfants. Cependant, la question la plus angoissante pour tout planificateur est : combien puis-je donner sans compromettre ma propre sécurité financière ?

La réponse ne se trouve pas dans une formule magique, mais dans une méthode rigoureuse : le budget de retraite à rebours. Au lieu de partir de ce que vous voulez donner, cette approche part de ce dont vous avez absolument besoin pour vivre confortablement jusqu’à la fin de vos jours. Ce n’est que l’excédent, le “patrimoine distribuable”, qui peut être donné en toute sécurité. Cette approche rationnelle et chiffrée prévient les décisions émotionnelles qui pourraient s’avérer désastreuses.

Le calcul doit être exhaustif et conservateur, en tenant compte de tous les facteurs :

  • Dépenses de vie courante : Évaluez votre train de vie actuel et projetez-le avec une inflation annuelle de 2 % à 3 %.
  • Frais de santé futurs : Intégrez les coûts potentiels non couverts par la RAMQ, notamment les frais d’hébergement en CHSLD privé, qui peuvent atteindre de 2 000 $ à 5 000 $ par mois au Québec.
  • Coussin pour imprévus : Ajoutez une marge de sécurité de 20 % sur le capital total nécessaire pour faire face aux aléas de la vie.
  • Revenus garantis : Soustrayez vos sources de revenus fiables (RRQ, PSV, rentes de fonds de pension).

Seul le capital qui reste après ce calcul rigoureux peut être considéré pour des dons. Cette discipline est le garde-fou qui protège votre retraite. De plus, la planification successorale n’est pas statique, comme le rappelle JuridiQC, la source d’information juridique du gouvernement québécois.

Il est recommandé de consulter un notaire tous les 3 à 5 ans pour s’assurer que des changements à la loi ne touchent pas votre planification successorale, particulièrement concernant les dons et les stratégies de transfert.

– JuridiQC, Gouvernement du Québec – Planifier sa succession

À retenir

  • Le testament notarié est la clé pour éliminer les frais d’homologation (1 000 $-1 500 $) et les risques de contestation coûteuse.
  • La fiducie familiale n’est pas réservée aux ultra-riches; elle est un outil puissant pour fractionner le revenu et protéger les actifs, rentable dès 250 000 $ de patrimoine.
  • La planification est un processus continu : les stratégies doivent évoluer avec votre âge (fondations à 30-40 ans, stratégies avancées comme le gel successoral à 50-60 ans, optimisation finale à 65+).

Comment rédiger un testament au Québec qui ne pourra pas être contesté par vos héritiers ?

La pierre angulaire de toute architecture successorale est un testament solide, une forteresse juridique qui résiste aux assauts. Un testament contesté peut anéantir des années de planification et créer des conflits familiaux dévastateurs. Rendre votre testament “incontestable” n’est pas une garantie absolue, mais vous pouvez le rendre si difficile et coûteux à attaquer que toute tentative devient improbable.

La première et la plus importante stratégie est d’opter pour le testament notarié. Contrairement aux autres formes, il s’agit d’un “acte authentique”. Le notaire a l’obligation légale de vérifier votre identité, votre capacité mentale (lucidité) et votre consentement libre et éclairé. Ces vérifications, consignées dans l’acte lui-même, créent une présomption légale très forte qui est extrêmement difficile à renverser devant un tribunal. L’investissement est minime face à la protection offerte : un testament notarié coûte en moyenne 575 $, une fraction des milliers de dollars en frais d’homologation et de litiges potentiels.

Au-delà de cette forme, plusieurs couches de protection peuvent être ajoutées pour blinder vos dernières volontés :

  • L’avis médical : Joindre un certificat d’un médecin attestant de votre pleine capacité mentale le jour de la signature est une preuve puissante contre les allégations d’incapacité.
  • La clause “in terrorem” : Cette clause (aussi appelée clause pénale) stipule qu’un héritier qui conteste le testament sans succès perdra la totalité de son héritage. C’est un puissant dissuasif.
  • La lettre explicative : Rédiger une lettre confidentielle, conservée par votre notaire, qui explique le “pourquoi” de vos décisions (par exemple, pourquoi un enfant reçoit plus qu’un autre). Bien que non contraignante, elle peut éclairer le tribunal sur vos intentions et rendre une contestation moins sympathique.
  • L’enregistrement officiel : Le notaire a l’obligation d’enregistrer votre testament au Registre des dispositions testamentaires de la Chambre des notaires du Québec, garantissant qu’il ne sera ni perdu ni ignoré.

En combinant ces stratégies, vous ne laissez que très peu de marge de manœuvre pour une contestation. Vous construisez un document qui non seulement exprime vos volontés, mais qui a aussi la force juridique de les imposer sans équivoque.

En somme, la construction d’une succession optimisée est un projet actif qui demande vision et méthode. Pour passer de la théorie à la pratique, l’étape suivante consiste à obtenir une analyse personnalisée de votre situation par un notaire ou un planificateur financier spécialisé en droit successoral québécois.

Questions fréquentes sur la planification successorale au Québec

Qu’arrive-t-il si je n’ai pas de testament au Québec ?

Si vous décédez sans testament (succession “ab intestat”), c’est le Code civil du Québec qui décide qui hérite de vos biens. Vos héritiers seront votre conjoint marié ou en union civile et vos proches parents (enfants, parents, frères et sœurs) selon un ordre de priorité strict. Un conjoint de fait n’a absolument aucun droit et n’héritera de rien, même après 20 ans de vie commune. Vos biens seront partagés selon des règles qui ne correspondent peut-être pas du tout à vos volontés.

Un conjoint de fait hérite-t-il automatiquement au Québec ?

Non, absolument pas. C’est l’une des plus grandes sources de confusion. Au Québec, le conjoint de fait n’est pas reconnu comme un héritier légal. Sans un testament notarié qui le désigne explicitement comme héritier, il ou elle n’a droit à rien de votre succession, à l’exception des biens dont il ou elle est copropriétaire (comme un compte conjoint) ou bénéficiaire désigné (REER, assurance-vie).

Puis-je déshériter complètement un enfant dans mon testament au Québec ?

Oui. Contrairement à certains pays européens, le droit québécois vous accorde une liberté de tester quasi totale. Vous pouvez choisir de ne rien laisser à un enfant, à condition que votre décision soit claire et sans ambiguïté dans votre testament. Cependant, l’enfant pourrait toujours présenter une réclamation pour pension alimentaire contre la succession s’il peut prouver qu’il était financièrement à votre charge au moment de votre décès.

Written by Marie-Claude Tremblay, Marie-Claude Tremblay est notaire depuis 14 ans, membre de la Chambre des notaires du Québec et titulaire d'un diplôme de droit notarial de l'Université de Montréal. Elle exerce actuellement comme notaire associée dans une étude comptant cinq professionnels, spécialisée en droit civil, planification successorale et protection des personnes inaptes. Elle accompagne une clientèle variée dans la rédaction de testaments notariés, de mandats de protection, de conventions de donation et d'actes de vente immobilière.